Livre tout à fait remarquable !
< Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias réactionnaires et d’élites traditionnelles, perd tout soutien populaire : au fil des élections, il passe de presque 50 % à moins de 10 % des voix et se demande comment garder le pouvoir sans majorité, sans parlement, voire sans démocratie. Cet extrême centre se pense destiné à gouverner par nature : sa politique est la meilleure et portera bientôt ses fruits. Quand les forces de répression avertissent qu’elles ne pourront faire face à un soulèvement généralisé, le pouvoir, qui ne repose sur aucune base électorale, décide de faire alliance avec l’extrême droite, avec laquelle il partage, au fond, à peu près tout, et de l’installer au sommet.
Cette histoire se déroule en Allemagne, entre mars 1930 et janvier 1933. Elle repose sur une lecture des archives politiques, des journaux intimes, correspondances, discours, articles de presse et Mémoires des acteurs et témoins majeurs. Elle révèle non pas la progression irrésistible de la marée brune, mais une stratégie pour capter son énergie au profit d’un libéralisme autoritaire imbu de lui-même, dilettante et, in fine, parfaitement irresponsable. [4e de couverture] >
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[ extrait du chapitre 9 : Libéralisme, autoritarisme, patronat, nazisme (p212-221) ]
Le point d’orgue de cette tournée du patronat allemand est incontestablement le quasi-meeting organisé par le principal cercle d’influence et de réflexion des industriels allemands, le prestigieux Club de l’Industrie de Düsseldorf, incontournable « lieu de rendez-vous des élites [*7] », le 26 janvier 1932. Les patrons savent à quoi s’attendre, et sont déjà pleinement rassurés par la longue interview qu’Adolf Hitler a accordée à la presse britannique et américaine sept semaines plus tôt, le 4 décembre 1931 [*8], où il s’est présenté comme l’ennemi irréconciliable du marxisme, c’est bien le moins, mais surtout comme le garant des investissements étrangers en Allemagne.
Les patrons se pressent dans la salle de gala du grand Hôtel du Parc de Düsseldorf, à telle enseigne que Gustav Krupp lui-même doit, pour obtenir des places, intervenir auprès du président du club, Karl Haniel, qui constate que « l’affluence des membres du club surpasse nos projections les plus téméraires » et regrette que l’on « ne puisse pas pousser les murs [*9] ». Une solution est trouvée : des haut-parleurs pour une retransmission en temps réel dans une salle adjacente — une première dans ce cercle de gens très bien élevés. Accompagné d’Hermann Goering, Hitler est accueilli à 18 heures par le maire de la ville, membre du DNVP, avant quelques mots d’usage de la part de Karl Haniel et de Fritz Thyssen, qui conclut sa bienveillante introduction par un « Heil, Herr Hitler ! » sans ambages.
Ceux qui venaient assister à un exposé de la doctrine économique du NSDAP en sont pour leurs frais. Hitler tient ce soir-là un monologue vigoureux sur les fondements de la « vision du monde » nazie. Le « Führer » du NSDAP commence par concéder que le « mouvement » a « la réputation d’être hostile aux milieux économiques [*10] », ce qu’il regrette. Cela est dû, selon lui, au fait que les nazis ne placent ni l’économie ni la crise mondiale au centre de leur analyse : « Notre conception se distingue grandement de celle de nos adversaires. D’après nous, notre détresse actuelle n’a pas de causes ultimes et profondes dans des processus mondiaux de nature générale (…). S’il était juste que la misère allemande trouve sa cause nécessaire et unique dans une prétendue crise mondiale (…), alors notre avenir, en tant que peuple allemand, serait désespéré [*11] ». Selon lui, la délectation morose induite par la contemplation de la crise est un fatalisme fautif, étranger à ce volontarisme de chaque instant que prône le NSDAP. La volonté de ceux qui veulent régénérer et sauver l’Allemagne a pour corollaire, bien évidemment, la responsabilité du chef, et la culpabilité des ennemis de la nation : « Comment donc peut-on modifier une situation pour laquelle on ne peut désigner aucun coupable ? Je pense que la conception selon laquelle une crise mondiale serait responsable de tout conduit nécessairement à un pessimisme dangereux (…). Je considère qu’il est de première importance de rompre radicalement avec l’idée selon laquelle notre situation serait uniquement liée à une détermination mondiale. Il n’est pas vrai que notre misère a pour unique cause une crise mondiale, une catastrophe mondiale, mais il est juste de dire que nous sommes entrés dans une crise générale parce que des fautes, chez nous, ont été commises [*12] ». Hitler pointe ici les « criminels de novembre », ceux qui auraient poignardé l’armée allemande dans le dos, avant de signer Rethondes et Versailles. Mais attention à ne pas exagérer l’importance de la politique étrangère, du traité de paix de Versailles ou des normes de Genève, de la SDN : les nazis refusent autant l’économisme que le géopolitisme. Tout cela est secondaire : « Que signifie donc la politique ? (…) Elle n’est rien d’autre que la prise de conscience des intérêts vitaux d’un peuple et la conduite du combat pour la vie de ce peuple, par tous les moyens. Il est donc clair que ce combat pour la vie a pour origine le peuple lui-même et que le peuple est l’objet, la valeur en soi qui doit être préservée. Toutes les fonctions du corps du peuple doivent, en dernière analyse, servir une fin unique, qui est la préservation de ce corps à l’avenir. Je ne peux donc pas dire que la politique étrangère, ou la politique économique, ont la primauté [*13] ».
Hitler ne prend donc pas particulièrement de gants pour parler à un auditoire de patrons dont le délassement dominical est généralement la lecture des pages « politique étrangère » des journaux du week-end. Il leur fait littéralement la leçon, en rétablissant l’ordre des priorités politiques : « Naturellement, un peuple a besoin d’une économie pour vivre. Mais l’économie n’est qu’une des fonctions dont le peuple a besoin pour pouvoir exister. Ce qui est essentiel, c’est le point de départ : le peuple, la race [*14] ».
Adolf Hitler est un orateur habile qui, sans formation particulière, démontre une étonnante maîtrise des principes de la rhétorique. Après cette captatio benevolentiae un brin paradoxale, qui a consisté à prendre à contrepied son auditoire pour mieux susciter son attention, il peut dérouler un argumentaire sensible au cœur des patrons qui l’écoutent. Hitler expose ainsi que le nazisme est un inégalitarisme, une conception hiérarchique des communautés humaines mais aussi des individus composant ces communautés. À l’intérieur comme à l’extérieur des nations, la Révolution française a semé le chaos en diffusant le mensonge de l’égalité des races et des êtres : « Il existe deux manifestations intimement liées de la dégénérescence des nations. La première remplace la valeur de l’individu par le concept nivelant et purement quantitatif de la démocratie. La seconde nie la valeur intrinsèque de chaque peuple, nie les différences dans les dispositions biologiques et dans les réalisations des différents peuples (…). L’internationalisme et la démocratie sont des concepts inséparables (…). On nous dit qu’entre les nègres, les aryens, les mongols et les peaux-rouges, il n’y a aucune différence de valeur. Cette conception, qui est au fondement de toute la mentalité internationale et qui conduit à ce qu’on peut aujourd’hui voir un nègre présider une séance de la SDN, conduit nécessairement au fait que, à l’intérieur même d’un peuple, on en vient à nier les différences de valeur entre les membres de ce peuple [*15] ».
L’auditoire est ainsi solidement ferré : ce type de discours, raciste et social-darwiniste, ne peut que parler à des patrons dont les idées, conservatrices, inégalitaires et volontiers racistes, consistent à naturaliser leur domination par l’idéologie du don (les êtres « doués » dominent), du mérite (on parvient au sommet par son travail), en somme par un discours de l’inégalité parmi les hommes qui met Rousseau et la Révolution française échec et mat. Hitler joue désormais sur du velours : « la grandeur d’un peuple n’est pas la somme des réalisations individuelles, mais la somme des performances des meilleurs. Qu’on ne me dise pas que la première image que donne la culture humaine est la réalisation de la masse ! (…) C’est au contraire l’œuvre de quelques génies bénis de Dieu (…). Donc si ces génies sont placés sur le même niveau que tous les autres, on assiste à un nivellement du génie, de la compétence et de la valeur de l’individu, un nivellement que l’on nomme fautivement souveraineté populaire. En réalité, il s’agit du pouvoir de la bêtise, de la médiocrité et de l’insuffisance, de la lâcheté, de la faiblesse, de l’incompétence. La souveraineté du peuple consiste bien plutôt à placer à sa tête les plus capables [*16] ». L’idéologie de l’égalité a mené à la démocratie, système inepte qui conduit les médiocres à gouverner, ainsi qu’à cette abjecte démocratie internationale, sise à Genève, dans l’enceinte de la SDN. L’antidote est, pour le social-darwiniste rabique qu’est Hitler, le culte des géants, des champions et des chefs, de ceux qui ont réussi face à la masse de ceux qui ne sont rien et qui, naturellement, ne peuvent avoir voix au chapitre.
Suit un long développement sur la pertinence de la propriété privée, fondée en raison sur les « performances inégales » des individus, qui décident de l’appropriation du capital et des moyens de production et, partant, de la hiérarchie dans l’entreprise : ce sont bien les meilleurs, les plus « performants » qui sont à la tête de l’économie privée, et c’est bien ainsi. Dès lors, pourquoi en serait-il autrement en politique ? Pourquoi refuserait-on au pays d’être gouverné comme toute autre entreprise ? Hitler érige ainsi l’entreprise en modèle de ce que l’on n’appelle pas encore, cela viendra, la gouvernance politique : « Une fois que l’on a dit cela, il est fou de dire : en économie, tout le monde ne se vaut pas, mais en politique si ! Il est absurde de fonder la vie économique sur le principe de la performance, de la valeur de l’individu, donc sur l’autorité de la personne, mais de nier l’autorité de l’individu en politique, et de lui substituer la loi du plus grand nombre ! On constate donc une divergence croissante entre les conceptions qui régissent l’économie et celles qui président à la politique ; il faut donc tenter de réduire cette fracture en conformant les normes politiques aux normes de l’économie [*17] ».
L’entreprise, ajoute-t-il, est un modèle de « performance », d’efficience et de réussite, tout comme l’armée. Or l’une comme l’autre reposent sur « un principe absolument antidémocratique », le « principe de performance » (Leistungsprinzip).
On imagine l’auditoire comblé d’aise à ces paroles d’un Hitler que certains imaginaient encore à la tête d’un mouvement para-bolchevique ou crypto-socialiste ! Cet Hitler est bien des leurs, et il parle d’or : quand il répudie la démocratie, il vise aussi la démocratie d’entreprise, celle de la révolution de 1918 et des accords Stinnes-Legien, concédés en panique par un patronat en déroute qui, le 15 novembre 1918, a signé tout ce que l’on voulait pour contenir le mouvement des occupations d’usines et les expropriations en cours par un mouvement conseilliste qui multipliait les soviets d’ouvriers partout… Le patronat n’a eu de cesse de vouloir revenir sur ces accords, qui ont accordé la journée de 8 heures et la semaine de 5 jours, le principe de la représentativité syndicale dans l’entreprise, voire une forme de cogestion par les comités sociaux. Cette aberration a été rognée dans les années de gouvernement de la droite, de 1923 à 1928, mais pas assez au goût des patrons. Hitler, clairement, se pose en homme du patronat, et l’on sait qu’il ne les décevra pas : la démocratie d’entreprise, avec la loi du 20 janvier 1934 [*18], n’est plus qu’un mauvais souvenir pour ceux que, désormais, on appellera, tout au long de l’histoire du IIIe Reich, des Betriebsführer, i.e. des chefs (Führer) d’entreprise (Betrieb).
Mais ce n’est pas tout. Hitler sait parler au tréfonds de la psyché des patrons allemands qui, comme leurs homologues français, britanniques ou américains, ont une conception toute territoriale de l’expansion économique. Partout en Occident, racisme et darwinisme social ont été mêlés en une synthèse harmonieuse qui justifiait la pratique du capitalisme le plus inhumain ainsi que du colonialisme le plus agressif. Le premier allait, quoi qu’il en soit, de pair avec le second : de Jules Ferry à la Chambre des communes, les justifications sublimes du projet colonial, présenté comme une œuvre de christianisation ou, laïcité française oblige, de civilisation, ont toujours fait office d’oripeaux d’un matérialisme plus brutal. La colonisation a toujours été la conquête et la domination d’un hinterland, cet arrière-pays que les géographes et géopoliticiens allemands définissent et nomment à l’usage de leurs collègues de la Sorbonne ou de Harvard, et où l’on puise ressources minières, bois brut, matières premières et une force de travail dont l’esclavage fait tendre le coût vers zéro.
On sait que la colonisation allemande fut tardive, et que Bismarck ne se décida à considérer la carte de l’Afrique que sous les pressions amicales de ses amis armateurs, avant que Guillaume II et von Bülow ne revendiquent, pour le Reich, une « place au soleil ». Mais l’industrie et la finance allemandes avaient d’autres visées : la boussole du capitalisme allemand indiquait moins le sud africain que l’est européen. Ce que les Allemands appellent Kolonien ou Siedlungen évoque moins la Namibie ou la Tanzanie que la Pologne, la Baltique, les Balkans ou l’Ukraine. L’un des patrons les plus puissants d’Allemagne le démontre par sa biographie même : avant de devenir le président du directoire de Krupp, puis un magnat des médias et le chef du DNVP, Alfred Hugenberg a été l’auteur d’une thèse de doctorat sur la colonisation intérieure du Reich allemand puis, pendant la Grande Guerre, le fondateur du Comité Freie Ukraine (Ukraine libre) qui militait pour la séparation entre l’Ukraine et l’Empire des Tsars ainsi que pour une hégémonie, soit directe (annexions), soit indirecte (protectorats) du Reich allemand à l’est de l’Europe, un projet couronné par la victoire des armées allemande et autrichienne sur le Tsar et par la paix de Brest-Litovsk du 3 mars 1918. Cette paix, qui consacrait les rêves pangermanistes et annexionnistes les plus fous, fut balayée par la défaite à l’Ouest et annulée par le traité de Versailles un an plus tard, autre raison majeure du ressentiment d’une nation privée de sa victoire à l’est.
Les nazis n’ont eu de cesse de faire fond sur ce ressentiment et de promettre réparation aux élites allemandes : ils auraient leur empire colonial européen.
À Düsseldorf, après avoir ressaisi l’histoire de « la race blanche, qui s’est hissée au sommet du monde depuis l’Antiquité, en à peu près mille ans », Hitler prévient : « On dit parfois qu’il est possible de conquérir le monde du seul point de vue économique. C’est une des erreurs les plus massives et les plus terribles qui soient (…). On ne peut comprendre la situation actuelle du monde et la domination de la race blanche que si l’on comprend que la volonté de domination politique et celle de domination économique ne font qu’une ». Autrement dit, la sécurisation d’espaces d’hégémonie économique se fera par la force, pour le plus grand bénéfice de tous — l’industrie allemande y gagnera hinterland et débouchés, la race germanique son espace vital. Mais attention : cette mise en coupe réglée d’espaces européens conquis et colonisés obéira à des principes inégalitaires qui sont les seuls pertinents du point de vue racio-anthropologique (un Slave ne vaut pas un Germain), mais également en termes économiques. Le traitement des peuples, les termes de l’échange, les niveaux de salaire et des vies — tout doit être strictement inégalitaire : « La race blanche ne peut maintenir sa domination que si elle maintient la différence des niveaux de vie dans le monde. Donnez à nos “zones de débouchés”, comme on les appelle, le même niveau de vie que celui que nous avons, et nous verrons bien vite que notre situation dominante, économiquement et politiquement, se dissout [*19] ».
Après avoir montré que le patronat et les nazis habitaient le même univers mental (inégalité, performance, principe du chef), avaient les mêmes valeurs (propriété privée, hiérarchie, concurrence) et les mêmes références idéologiques (opposition de principe à la démocratie, darwinisme social, racisme), Hitler ouvre un horizon de prospérité et de profits potentiellement infini : avec le réarmement de l’Allemagne et le projet d’un empire colonial sur le sol même de l’Europe, c’est à une orgie de dividendes que le NSDAP convie.
De manière significative, Hitler tient aux patrons le même discours que celui qu’il infligera aux plus hauts cadres de l’armée allemande, réunis pour une réunion secrète, un an plus tard, le 3 février 1933. Désormais chancelier du Reich, il expose les principes et les moyens d’une restauration de la puissance politique et militaire allemande, et disserte d’abondance, là encore, sur le lien entre économie et empire. De même qu’il a parlé d’armée et de guerre aux patrons, il parle beaucoup d’économie internationale aux officiers qu’il réunit dans les bureaux du ministre de la Reichswehr, le général Werner von Blomberg, où il fait l’éloge de la colonisation : « Dans la vie des individus, c’est toujours le plus fort et le meilleur qui s’impose. Il en va de même pour les peuples. La race européenne, cette petite minorité, a su, pendant des siècles, réduire en esclavage et utiliser des millions d’hommes pour édifier sur leur dos sa civilisation. C’était un échange : l’Europe livrait ses produits finis et partageait sa culture pendant que les races inférieures devaient donner leurs matières premières, leur travail, etc. [*20] ». Mais ce monde idéal est menacé par une mondialisation économique qui est en train de rééquilibrer les capacités techniques et productives : « en Asie » et « dans le sud-est de l’Europe » (Balkans, Roumanie, Bulgarie, Grèce, Hongrie) sont « apparues des industries qui produisent à moindre coût et qui menacent de refouler la race des seigneurs et maîtres ». Hitler incrimine la Grande Guerre et les Réparations, mais aussi le « bolchevisme » qui entretient « la pauvreté et un très faible niveau de vie », car il y voit la condition de son succès. Résultat : les masses européennes appauvries éprouvent un sentiment de « solidarité avec les prolétaires des autres races » qui supplante tout sentiment d’appartenance à leur propre peuple. Il est donc impératif d’éradiquer le chômage, et Hitler ne voit que deux moyens à cette fin : « 1 — En exportant à tout prix et par tous les moyens ; 2 — Par une extension de l’espace vital allemand et une politique très ambitieuse de colonisation continentale. C’est cela que, pour ma part, je propose ».
Le gouvernement de « relèvement national » Hitler-Papen se propose donc de créer les conditions de cette conquête et de cette colonisation, par une régénération du pays : fin de la démocratie, éradication du marxisme, interdiction du pacifisme. La démocratie est gratifiée des mêmes propos que, un an plus tôt, devant les patrons. Répétons-le : Hitler semble s’adresser au même auditoire, il tient les mêmes raisonnements, use des mêmes concepts et propose les mêmes solutions. Il persiste ainsi : « Tout le monde sait que la démocratie dans l’armée serait une absurdité. Dans l’entreprise aussi, elle est nocive. Les conseils d’entreprise, tout comme les conseils de soldats, sont une aberration ».
Comme un an plus tôt, après avoir démontré, de manière implacable, que les principes et les fins sont identiques entre la « vision du monde » nazie et l’auditoire, Hitler offre aux officiers des perspectives matérielles proprement féeriques : le patronat avait pu entrevoir, et très vite comprendre, la manne du réarmement ; les officiers de la Reichswehr, quant à eux, voient se dessiner la réintroduction du service militaire, la multiplication par 30 des effectifs, et une guerre « pour la conquête du biotope à l’Est ». Eux aussi comprennent très vite ce que cela signifie en termes de carrière, de promotion de grade et de pouvoir. Chez les militaires aussi, on sait calculer, et on connaît les grilles d’avancement. Un jeune capitaine comme Erwin Rommel peut légitimement ambitionner d’être colonel, voire général, avant sa fin de carrière. Huit ans plus tard à peine, en 1941, il est feld-maréchal du Reich.
Notes :
[*7]. Volker Ackermann, Treffpunkt der Eliten. Die Geschichte des Industrie-Clubs Düsseldorf, Düsseldorf, Droste, 2006.
[*8]. Wolfgang Ruge, Deutschland von 1917 bis 1933, Berlin, Deutscher Verlag der Wissenschaften, 1974, p. 416.
[*9]. Thomas Trumpp, « Zur Finanzierung der NSDAP durch die deutsche Grossindustrie. Versuch einer Bilanz », in Karl Dietrich Bracher (dir.), Nationalsozialistische Diktatur 1933-1945. Eine Bilanz, Bonn, Bundeszentrale für Polit. Bildung, 1986, p. 144.
[*10]. Adolf Hitler, « Rede vor dem Industrieclub Düsseldorf, 27. Januar 1932 », in Max Domarus, Hitler — Reden und Proklamationen, 1932-1945, Wiesbaden, Löwit, 1973, p. 89 sq.
[*11]. Ibid.
[*12]. Ibid.
[*13]. Ibid.
[*14]. Ibid.
[*15]. Ibid.
[*16]. Ibid.
[*17]. Ibid.
[*18]. « Gesetz zur Ordnung der nationalen Arbeit (ou Arbeitsordnungsgesetz, AOG), 20. Januar 1934 », in Reichsgesetzblatt, 20.01.1934, p. 45 sq.
[*19]. Adolf Hitler, « Rede vor dem Industrieclub Düsseldorf, 27. Januar 1932 », discours cité.
[*20]. Adolf Hitler, « Rede vor den Spitzen der Reichswehr, 3.02.1933 », Abschrift des kommunistischen Nachrichtendienstes, BArch, RY 5/I 6/10/88.
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